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ITW : emarrakech.info

Izza Genini, c'est la première femme marocaine à avoir réaliser un film documentaire, mais elle est également une femme de profondeur humaine, elle a ce pouvoir magique d'être au pluriel culturel. Emarrakech a été honoré par une brève rencontre avec cette dame qui vit au quotidien ‘la passion des origin    es'..

1 - Izza Genini, voila un nom qui revient à l'actualité culturelle, quoi de neuf pour cette année ?

Ce qu'il y a de nouveau aujourd'hui c'est l'édition de la quasi totalité des films de la collection MAROC CORPS ET AME en DVD.
C'est à la fois un évènement et une nouvelle vie pour les films car le DVD étant d' une extrême exigence technique, nous avons du numériser les images depuis le négatif l6mm, refaire les sous- titres et les commentaires.
De plus, en les regroupant selon des thématiques comme TRANSES MAROCAINES, DANSES ET CADENCES, RACINES JUDEO MAROCAINES , FETES ET FANTASIAS, etc... cela permet de constituer des programmes cohérents.

2 - Vous travaillez sur l'axe de la diversité culturelle, thème qui convoque à l'urgence avec la montée des intégrismes dans le monde. Comment définissez vous l'interculturel ?

Lorsque j'ai commencé à faire ces films dans les années 80, il n' était alors question ni d'intégrisme ni de la nécessité de relever la diversité culturelle.... ils ne répondaient à mes yeux qu'à la nécessité de témoigner de ce merveilleux et inépuisable patrimoine musical que je découvrais avec passion.
Ces films étaient l'expression spontanée d'une personne sensible à sa culture et à son environnement. Un acte d'amour en somme. Tant mieux si aujourd'hui ils répondent à la nécessité de souligner les rapports interculturels fraternels et conviviaux qui caractérisent la société marocaine.
Pour moi elle est aussi naturelle que vitale. Elle passe avant tout par un minimum de curiosité pour l'autre, et par le respect des spécifités de chacun.
Un simple échange de souhaits pour les fêtes respectives de chacune des communautés interculturelles serait peu et beaucoup à la fois, à commencer dans le cadre scolaire.

3 - Vous manifestez également une grande passion pour vos origines, comment peut on passer selon vous du local au planétaire ?

La passion des origines : C'est Tayeb Saddiki qui me rappelait un jour devant ma curiosité insatiable des coutumes et traditions marocaines : il faut aller à la montagne pour voir la plaine... sans doute l'éloignement fournit la bonne distance pour mieux voir ce qui nous échappe lorsque l'on a le nez dessus.
Cette passion des origines m'a frappée le jour où, à la faveur d'un retour au Maroc après 15 ans d'absence, je voyais parmi les passants que je croisais mes propres parents, j'entendais leur langage, je comprenais leurs gestes. Il me fallait à présent connaître leur histoire. Et ce fut le début de ma propre histoire avec le Maroc.
De voyage en voyage, de musiques en musiques, de rencontres en rencontres, et de films en films...
Le film RETROUVER OULAD MOUMEN exprime ce parcours personnel, familial, mais a il touché à travers le monde un grand nombre de spectateurs qui n'étaient ni juifs ni marocains. Il a ce pouvoir d'identification de nos origines sans laquelle, je crois, on ne peut pas se construire.

4 - Pourquoi a votre avis, Olivier Barlet d'Africultures traite votre dernière collection de films 'de pièges'... Avez vous cette attention de 'piéger' le téléspectateur ?

Pour aborder cette question il me paraît important de citer la phrase complète de Olivier Barlet:
" ces films sont un piège, on reste cloués devant l'écran, fascinés par etc....."
Loin de moi l'idée de piéger qui que ce soit... tous ces films furent pour moi comme une bouteille à la mer, suivant mon instinct et mon inspiration.
Les musiciens et tous les personnages qui figurent dans les films furent autant de rencontres, d'émotions, de joies.
Si par leur talent des artistes ou par la qualité des films, ils piègent le spectateur qui n'a plus envie de les quitter, je les comprends. N'est ce pas ce qui est arrivé à moi-même lorsque j'ai succombé aux rythmes de la deqqa de Baba, aux orchestres de malhoune, à la Aïta de Fatna bent El Hocine, de Nass EL Ghiwane, de Abdelsadek Chekara de Hajj Hoceine Toulali et de bien d'autres encore....


5 - Dernière question, Que veut dire 'Etre un juif marocain' aujourd'hui ?

Etre juif marocain aujourd'hui?
Pour moi être juif marocain aujourd'hui c'est être pleinement juif et être pleinement marocain, tout simplement.
Le Maroc nous a donné et nous donne encore aujourd'hui le privilège de vivre notre culture et notre foi sans contradiction. Naturellement..
Etre juif marocain aujourd‘hui c'est aussi la capacité de relier le passé au présent sans rupture :
D'où qu ‘ils soient les juifs marocains viennent nombreux se recueillir sur la tombes de leurs ancêtres, ou honorer avec ferveur leurs lieux saints avant de repartir vers leur vie à Montréal, Paris, Tel Aviv, New York ou Madrid…
Etre juif marocain aujourd' hui c' est être l' héritier en commun avec le musulman marocain, d ‘une civilisation dont les coutumes et valeurs sont largement partagées. Un bel exemple à offrir
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