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BABEL MED par Nadia Khoury-Dager


NÛBA D’OR ET DE LUMIÈRE - Musique arabo-andalouse marocaine, Buda Musique/Distr. Universal

Izza Genini est née en 1942 dans une famille marocaine juive, a suivi sa famille en 1960 en France où elle a fait ses études, et a entrepris de redécouvrir son pays natal. Passionnée de cinéma et de musique, elle découvre alors, de retour au pays, l’extrême richesse, et surtout permanence, du patrimoine musical marocain, du plus populaire au plus savant, toujours vivant: “Ce que je découvrais en redécouvrant le Maroc, c'est que ce patrimoine était formidablement vivant: autour de moi, dans les maisons, dans les soirées privées, tout le monde savait chanter, danser, battre le tambour, dire une qasida de malhoune... moi non”, expliquait-elle dans une interview accordée au média marocain ( www.yabiladi.net) le 28 janvier 2005. Là voilà donc lancée, depuis une vingtaine d’années, dans la réalisation d’une série de films musicaux, films documentaires pour la plupart, tournés aux quatre coins du pays. La série documentaire “Maroc corps et âme” comprend ainsi les films “Voix du Maroc”, “Rythmes de Marrakech”, ou “Cantiques brodés”, ce dernier illustrant la tradition du “matrouz” (brodé), qui sont ces cantiques mêlés d’arabe et d’hébreu, chantés dans le film par Abdelsadek Chekara et le Rabin Haïm Louk. Car l’un des messages forts que défend Izza, dans ses films, est la tolérance entre les diverses communautés qui vivaient au Maroc autrefois, et qui échangèrent leurs traditions musicales. “Nûba d’or et de lumière” est la BO de son dernier film, éponyme - également en vente en DVD, et qui retrace l’histoire et la diversité de cette forme musicale - la nouba, ou suite - qui représente l’essence de la musique classique arabo-andalouse. Une grande variété d’artistes et de types de formations illustrent ainsi la vitalité de cette tradition qui remonte à l’Espagne andalouse: depuis l’Orchestre du Conservatoire de Tétouan, jusqu’aux musiciens du café Hanafa de Tanger. Les pièces sont tantôt graves et mélancoliques, tantôt joyeuses et sautillantes et ponctuées des you-yous propres aux fêtes de mariage et autres, d’autres encore son t de la poésie récitée, dans la tradition du malhoune. Nous avons été particulièrement touchés par les magnifiques interprétations de Françoise Atlan, marocaine de confession juive comme Izza Genini, formée aux conservatoires de Saint-Etienne et d’Aix-en-Provence et titulaire en 1984 d’un prix de piano et de musique de chambre, et qui a choisi de chanter le répertoire classique andalou. Elle nous offre ici notamment l’un des Cantigas de Santa Maria, composés par une équipe de poètes et de musiciens musulmans, juifs et chrétiens (certains textes dénombrent 26 salariés de cette vaste entreprise), sous la houlette d’Alphonse X, roi de Castille (1252-1284). Et nous apprécions que le livret du CD traduise les poèmes qui constituent les textes de ces pièces musicales qui sont chantées continûment depuis 1400 ans, dans les conservatoires savants comme dans les cafés populaires. Comme le texte de l’une des pièces chantées de la Nûba el-Oshaq, ou Nouba du Désir:

Le matin
brandit sa bannière
chatoyante de couleurs.
L’aube entre en scène.
Telle un fier guerrier,
elle tire son épée du fourreau
chamarré.
Soudain mon bien-aimé tressaille,
son coeur s’enflamme.
Les amants rayonnent,
ils baignent
dans un parfum de paradis.
(...)
Ô mon bien-aimé, verse encore
des coupes de ce nectar.
Prodigieuse matinée !
Retenons-la
avant que les oiseaux ne quittent
leur nid.
Que le ‘ûd et le rebab
fassent vibrer notre âme ! 


Comme quoi ceux qui, au nom de l’islam et de la tradition, veulent imposer sévérité, censure morale excessive, et interdire toute musique profane, n’ont pas bien lu leurs livres d’histoire... et sont fort peu cultivés ! L’islam interdit la présence d’instruments de musique dans les mosquées, disent certaines interprétations: mais il n’a jamais interdit les instruments de musique tout court et les chansons d’amour, qui ne font de mal à personne, comme veulent nous le faire croire certains....  www.budamusique.com. Le site de Izza Genini:  www.marocorama.com.
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